Serge Pelletier signe une étude qui remet en question l’équation «voir plus, c’est savoir plus»

Le mur d’images est l’emblème des centres de surveillance. Des dizaines de flux vidéo, tous visibles, tous en même temps. L’idée paraît solide: plus l’opérateur voit, plus il détecte. Une étude publiée dans la prestigieuse revue Ergonomics par une équipe de l’Université Laval vient la contredire. Les chercheurs ont fait surveiller une ville virtuelle à 128 personnes, la moitié devant une grille de six caméras, l’autre devant un seul écran à la fois, entouré de vignettes servant à naviguer. Résultat inattendu: les deux groupes détectent le même nombre d’incidents. Pourtant, dans la condition à écran unique, la caméra utile n’était visible que 22% du temps, contre 78% dans la grille. Voir davantage n’a rien changé.
 
Mieux: les participants à écran unique ont démontré une plus grande conscience de la situation, et cela, sans effort mental supplémentaire déclaré, ce qui est un avantage significatif en soi, l’un venant habituellement au coût de l’autre. L’explication tient à une donnée bien établie en psychologie cognitive. L’attention visuelle est en grande partie sérielle. On traite une scène à la fois, quel que soit le nombre d’images offertes. Une interface qui maximise la simultanéité ne fait donc qu’accroître le tri à effectuer. La leçon pour le design: l’ajustement à la cognition prime sur la quantité d’information affichée. Les auteurs ne réclament pas la disparition des murs d’images, mais ils invitent à concevoir des interfaces hybrides, où la hiérarchisation remplace l’accumulation.
 
Premier auteur de l’article: Serge Pelletier, Ph. D. (Psychologie – recherche en sciences cognitives), designer diplômé de la maîtrise en design d’interaction (MDI) et chargé de cours à la MDI et au BDG. «Cet article présente une version un peu plus resserrée de mes travaux de thèse, mettant un accent que j’aime beaucoup sur l’intégration du design dans la recherche. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un article consacré au design, il souligne quand même de façon significative l’importance de la recherche et des principes cognitifs/facteurs humains pour guider et informer le design d’interface dans des contextes opérationnels. Cet angle me fait particulièrement plaisir parce que ça va au-delà de l’habituelle présentation de faits cognitifs dans une perspective scientifique, en soulignant leur utilité pratique pour le design d’interface.»
 
La MDI est très fière de compter parmi ses diplômés et son équipe enseignante des designers-chercheurs de la trempe de Serge Pelletier.